Littérature / Literatura
Marie Susini : L’insularité, source de tous nos mots

Littérature / Literatura Marie Susini : L’insularité, source de tous nos mots

Martine Tania Dambacher a publié dernièrement aux éditions Colonna un essai dédié à Marie Susini et à son œuvre littéraire. L’ouvrage, préfacé par Francis Beretti, fait surgir de l’oubli une écrivaine Corse d’expression française de grand talent.

L’essai intitulé « Marie Susini ou l’apologie du désespoir » fait suite à une thèse de doctorat soutenue au département d’italien de l’Université de Strasbourg : « L’écriture de l’île dans les œuvres de Marie Susini et de Maria Giacobbe ». Il s’agit d’une étude comparative entre deux auteures, Corse et Sarde. Et une réflexion sur l’écriture insulaire.

La femme, figure centrale

Martine Tania Dambacher revient sur la genèse de l’œuvre littéraire de l’écrivaine Corse en mettant l’accent sur le caractère autobiographique de ses écrits. Ce parti-pris, qui s’appuie sur les déclarations de Marie Susini, reste pourtant réducteur si l’on considère la portée universelle de ses œuvres.

L’insularité vécue comme un enfermement renvoie au destin tragique et mortifère des femmes Corses à travers les siècles. Ces visages marqués par les épreuves, cette religiosité qui imprègne leurs dures existences est vécue dans un paysage d’une saisissante beauté !« Plein Soleil » sur ces vies meurtries par un destin implacable ! Ce n’est pas l’apologie du désespoir ! C’est la Corse de celles qui ont tenté de fuir les pièges de l’insularité. Certains critiques reprochent à Marie Susini d’avoir donné une vision négative de la Corse. Ils montrent aussi du doigt ses fictions truffées de corsicismes. Ses textes d’une grande beauté savent pourtant traduire si justement l’âme corse !

La Corse de Marie Susini, ce n’est pas seulement « sa Corse à elle », c’est celle de plusieurs générations de femmes Corses. La seule lecture des romans de Marie Susini nous plonge dans le vécu des femmes du peuple. Un vécu transcrit avec des mots justes et simples.

Dans « Je m’appelle Anna Livia », la mère peu aimante et absente est remplacée par la figure du père .Une relation marquée par l’interdit de l’inceste. « Plein soleil » c’est l’histoire de Vanina qui partage son existence entre son village, ses parents et le couvent où elle est éduquée avec rigueur et fausseté.

Entre soumission et rébellion

Dans l’espace scénique où les paysages sont les « acteurs silencieux du drame «  se livre la lutte acharnée de personnages en proie à la cruauté de leur destin. Le drame se noue sous l’implacable ardeur des rayons du soleil. Une violence sourde anéantit l’existence des personnages. Dans « La Renfermée, la Corse », Marie Susini exprime son attachement viscéral à son île. Son identité corse est écartelée entre cette appartenance et la fuite sinon le rejet d’une existence enfermée dans les limites d’un territoire cerné par la mer. C’est la rébellion d’une femme contre sa condition et l’irrépressible envie de s’expatrier pour se libérer de ses entraves. L’écrivaine ne fait pas « l’apologie du désespoir » mais, au contraire, transgresse les us et coutumes de son île pour vivre sa vie de femme et faire carrière.

Sa réussite universitaire (études de philosophie et de lettres à la Sorbonne) et professionnelle (elle était conservatrice au service du catalogue de la Bibliothèque Nationale de France ) est doublée d’une belle carrière d’écrivain qui fait d’elle une pionnière de la littérature corse d’expression française.

Francesca QUILICHINI









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