EXPOSITION / MOSTRA
Bastia, par ses ruelles

EXPOSITION / MOSTRA Bastia, par ses ruelles

Dans sa galerie du Boulevard Paoli, à Bastia, José Lorenzi expose une trentaine de toiles dédiées aux ruelles de son enfance. Séquences émotion…
José Lorenzi est le peintre de Bastia. Sa passion pour l’ancienne cité génoise ne s’est jamais démentie au fil du temps. Ce n’est donc pas étonnant s’il lui consacre une belle exposition : Noël dans les ruelles de son enfance est une invitation à la balade dans les quartiers bastiais qui ont une âme.

C’est en Corse que le peintre trouve un écrin naturel à son univers pictural. Le Cap Corse, d’où il est originaire, a marqué très tôt son imaginaire .Sa vocation se révèle dans la solitude d’une enfance choyée par de vieilles tantes.

C’est en découvrant par hasard une boîte de couleurs que s’amorce un long cheminement artistique marqué par des adhésions et des remises en question. Contre l’avis de son père qui le voyait plutôt embrasser une carrière plus conventionnelle de magistrat, José Lorenzi fait ses valises pour un ailleurs qu’il sait être meilleur. Il fait, entre autres, l’Ecole des Beaux-arts de Paris et enseigne dans les écoles de la capitale. Dans les années cinquante, à vingt ans à peine, il croise la route des plus grands : Picasso et Giacometti. Plus tard viendra son adhésion au mouvement des expressionnistes abstraits. Il fait de nouvelles rencontres avec Soulages et Alechinsky (groupe Cobra) et découvre le travail d’Andy Warhol dans une galerie de Manhattan où l’artiste, alors inconnu, expose des boîtes de savon Brillo : » L’art finissait dans ces années là. Au milieu des années soixante, un déplacement historique a bouleversé les conditions de la création artistique. L’ère de l’art a commencé vers 1400 et se termine vers 1967. On peut envisager un art après la fin de l’art. L’art contemporain se définit par le fait que l’art du passé est à la disposition des artistes et qu’ils peuvent l’utiliser à leur guise. Il n’y aucun style qui est meilleur que l’autre, le peintre s’exprime à sa manière. Le sujet est secondaire, c’est la nature qui est le sujet «  explique José Lorenzi. En 1967, il envisage de monter un projet artistique avec Daniel Buren à Bastia qui ne se réalisera pas à cause des événements de 1968. Malgré les sollicitations pour qu’il reste travailler à Paris, il fait le choix de revenir en Corse : « Si j’étais né dans un autre pays, ma vie eut été différente et mes travaux aussi. » Un aveu qui ne vaut pas un regret.

Au détour des ruelles, la mer infinie

Au début de sa carrière, il entame avec des études sur les collines une recherche métaphysique sur la création du monde. « Regardez les enfants l’horizon des collines comme c’est beau ! » se plaît-il à dire à ses jeunes élèves qu’il initie à la création. Précurseur, ce fin pédagogue a créé une section en arts plastiques dans les années soixante à Bastia  au lycée Marbeuf. L’art était alors en pleine révolution. Mais Bastia n’est pas Paris et José Lorenzi se sent incompris. Le jeune professeur crée pourtant avec l’aval de son supérieur la première section artistique de France, prenant ainsi le contre-pied d’une administration recroquevillée sur elle-même, peu ouverte à l’art. A la faveur d’expositions, le public découvre, étonné, les travaux des élèves de José Lorenzi dont certains feront carrière comme Degli Esposti et Jean-Paul Pancrazi. Ange Leccia, le plus jeune et sans doute le plus doué de sa génération, connaîtra une notoriété internationale.

Après 1968, le peintre connaît une période de doute qui l’éloigne de la création. Depuis, il a trouvé un apaisement dans un univers esthétisant. José Lorenzi exprime le « côté positif de la vie ». « La représentation n’est pas la finalité de la peinture, l’émotion donnée par l’objet est plus importante que l’objet lui-même » confie-t-il. Sa peinture garde l’empreinte de ses ressentis .Ses marines baignent dans la lumière violente de l’été méditerranéen. Le bleu domine sa peinture .Les couleurs éclatantes, puissantes et pures oscillent entre figuration et abstraction .Ses autres sujets de prédilection : les femmes alanguies aux visages anonymes et les ruelles, surtout celles de son enfance : « C’est en parcourant Bastia que s’est imposée à moi l’impression d’une vision entre des maisons avec tout au bout une lumière, un peu comme un tunnel que l’on traverse pour aller vers quelque chose de mystique ou peut-être simplement vers l’idée même de soi… »

D’une ruelle à l’autre se dessinent mille et une histoires, mille et un ressentis. Le linge qui sèche au soleil semble être emporté, comme la voile d’un navire, vers des horizons lointains. Passant du bleu au vert émeraude, la mer stylisée jusqu’à l’épure s’invite entre deux passages voûtés et devient à elle seule un éblouissant paysage de lumière.

Francesca QUILICHINI

http://www.lorenzi-jose.com

Crédit photo : Louis Vignaroli et José Lorenzi









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